Les formats de fichiers de broderie
Chaque marque de machine lit un ou plusieurs formats de points, et chaque logiciel de numérisation enregistre ses objets dans son propre format de travail. Savoir lequel est lequel évite de perdre la moitié de l'information d'un motif.
Deux familles de fichiers à ne jamais confondre
Tous les fichiers de broderie ne se valent pas, et l'extension seule ne dit pas tout. La distinction qui compte se fait entre ce que la profession appelle le fichier source (ou fichier de travail, parfois « format natif » du logiciel) et le fichier machine (ou fichier de points, parfois dit « étendu » ou « expanded »).
- Fichier source
- Il décrit des objets : « une zone de remplissage tatami, densité 0,4 mm, angle 45 degrés, sous-couche en zigzag », « un satin de 3 mm avec telle compensation », « le mot Atelier en police bloc de 10 mm ». Le logiciel recalcule les points à chaque modification. Exemples connus : EMB pour Wilcom (et les logiciels qui en dérivent), ART pour le logiciel de Bernina, le fichier SVG enrichi utilisé par Ink/Stitch.
- Fichier machine
- Il ne contient que le résultat : la position de chaque point, les commandes de saut, de coupe, de changement de couleur et d'arrêt. C'est ce que lit la machine. Exemples : PES, DST, EXP, JEF, VP3, XXX, PCS.
La conséquence pratique est directe. Un fichier source se modifie sans perte : agrandir un texte, changer une densité, remplacer une police. Un fichier machine se modifie mal, parce que le logiciel doit deviner ce que représentaient ces milliers de points. C'est la racine de presque tous les problèmes de conversion et de redimensionnement.
Tableau des formats machine par marque
Le tableau ci-dessous récapitule les formats de lecture les plus répandus. Les machines récentes acceptent souvent plusieurs formats, et les gammes évoluent : le manuel de votre modèle fait foi.
| Format | Marques associées | Couleurs dans le fichier | Remarques |
|---|---|---|---|
| PES | Brother, Baby Lock | Oui (références d'un nuancier) | Format domestique très diffusé, plusieurs versions successives. Voir format PES. |
| DST | Tajima, standard de l'industrie | Non | Lu par la plupart des multi-têtes et de nombreuses machines domestiques. Voir format DST. |
| EXP | Melco, Bernina | Non dans le fichier de points lui-même (un fichier annexe peut les accompagner) | Format de points simple, proche du DST dans l'esprit. |
| JEF | Janome | Oui | Des variantes existent selon les générations de machines. |
| VP3 | Husqvarna Viking, Pfaff | Oui | Format commun aux deux marques sur les machines récentes. |
| HUS | Husqvarna Viking (anciennes machines) | Oui | Remplacé par le VP3 sur les gammes plus récentes. |
| PCS | Pfaff (anciennes machines) | Oui | Format historique Pfaff, utile pour le parc ancien. |
| XXX | Singer | Oui | Format associé aux brodeuses Singer. |
Ce que chaque format garde et ce qu'il perd
Tous les formats machine stockent les coordonnées des points. Les différences portent sur les « métadonnées » qui les accompagnent :
- Les couleurs : le PES, le JEF ou le VP3 associent chaque bloc à une couleur, souvent rattachée au nuancier de la marque. Le DST ne stocke que des arrêts « changer de couleur ici » : la machine affiche des couleurs arbitraires.
- Les coupes de fil : selon le format, la coupe est une commande explicite ou une convention (par exemple une série de sauts que la machine interprète comme une coupe). Une conversion maladroite peut faire disparaître les coupes ou en ajouter.
- La résolution : la plupart des formats enregistrent les déplacements en dixièmes de millimètre. Des différences d'arrondi existent mais restent négligeables à l'oeil.
- Les longueurs de saut maximales : un format peut limiter la longueur d'un déplacement unique et découper les grands sauts en plusieurs petits, ce que vous verrez dans le nombre de points affiché.
- La vignette et le nom : certains formats intègrent un aperçu affiché sur l'écran de la machine, d'autres non.
Aucun format machine ne garde la densité « intentionnelle », la compensation de tirage ou le type d'objet. C'est pourquoi un même fichier peut s'afficher identique dans deux formats et pourtant se comporter différemment une fois modifié.
Comment choisir le bon format : arbre de décision
- Vous avez le fichier source et le logiciel qui le lit : exportez directement vers le format natif de votre machine. C'est la meilleure qualité possible.
- Vous avez le choix entre plusieurs formats machine (motif acheté) : prenez le format natif de votre marque. S'il est absent, prenez le DST et notez les couleurs à partir de la fiche du motif.
- Vous n'avez qu'un format que votre machine ne lit pas : convertissez-le avec un logiciel ou un utilitaire, en suivant notre méthode de conversion, puis brodez un essai.
- Vous n'avez qu'une image : ce n'est pas un fichier de broderie. Voir image ou fichier de broderie.
Organiser et archiver ses fichiers
Une bibliothèque de motifs grossit vite et devient ingérable sans règle. Quelques habitudes simples suffisent :
- Un dossier par motif, contenant l'archive d'origine, le fichier source s'il existe, les formats machine et la fiche de couleurs (souvent un PDF ou une image fournie par le vendeur).
- Un nom de fichier court, sans accents ni caractères spéciaux pour la version copiée sur la clé : certaines machines tronquent ou ignorent les noms longs. Le détail est dans transférer un motif.
- Indiquer dans le nom la taille de broderie réelle, par exemple « rose-90x70 ». Vous saurez immédiatement si le motif tient dans votre cadre.
- Conserver la licence ou la preuve d'achat avec le motif, utile pour savoir plus tard si l'usage commercial est permis (voir trouver des motifs).
Enfin, sauvegardez cette bibliothèque ailleurs que sur la clé USB de la machine. Les clés qui font des allers-retours entre ordinateur et brodeuse finissent souvent par se corrompre, et ce sont les seuls exemplaires de fichiers achetés il y a des années qui disparaissent avec elles.
Questions fréquentes
Quel est le format de broderie le plus universel ?
Le DST, né chez Tajima, est lu par la quasi-totalité des machines industrielles et par beaucoup de machines domestiques. Il ne contient cependant aucune couleur. Pour une machine domestique, le format natif de la marque reste le meilleur choix.
Un fichier EMB peut-il être brodé directement ?
En général non. L'EMB est le format de travail du logiciel Wilcom : il contient des objets modifiables, pas une liste de points prête à broder. On l'ouvre dans le logiciel puis on exporte vers le format machine voulu.
Ma machine accepte plusieurs formats, lequel choisir ?
Préférez le format natif de la marque, car il transporte en principe les couleurs et les commandes de coupe telles que la machine les attend. Gardez le DST comme solution de secours si le fichier natif pose problème.
Pourquoi le même motif existe-t-il en dix formats chez le vendeur ?
Le vendeur exporte un seul fichier source vers tous les formats machine courants. Les points sont les mêmes, seule l'écriture change. Téléchargez tout et gardez l'archive complète, utile si vous changez de machine.
Les versions d'un même format posent-elles problème ?
Oui parfois. Un format peut évoluer avec les logiciels, et une machine ancienne peut refuser une version récente. Les logiciels de numérisation proposent souvent de choisir la version à l'export. Le manuel indique les versions acceptées.